Emphysème chez le cheval : causes et traitements

Reconnaître un emphysème chez le cheval

Le cheval atteint d’emphysème présente une toux chronique apparaissant de manière plus ou moins régulière. Au départ, il peut s’agir d’une simple toux en début de travail, évoluant peu à peu vers une toux également présente au repos. Celle-ci peut s’accompagner d’un jetage, et avec le temps des épisodes de détresse respiratoire peuvent se produire. Les chevaux atteints s’essoufflent plus rapidement à l’effort, et semblent avoir des difficultés à l’expiration, ils doivent fournir un effort pour expulser l’air de leurs poumons et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’emphysème chez le cheval est souvent appelé « pousse ». Lors des cas les plus sévères il est possible d’observer sur le cheval la « ligne de pousse » correspondant au développement excessif des muscles impliqués dans cet effort respiratoire, qui sont donc très sollicités. Elle se présente comme une ligne le long du bord caudal des côtes. Les narines du cheval peuvent également se dilater de manière excessive y compris au repos. Les chevaux sévèrement atteints peuvent présenter une perte de poids plus ou moins importante associée à de l’anorexie et à l’effort constant produit pour respirer.

Le mécanisme de l'emphysème chez le cheval 

L’emphysème provoque chez le cheval une combinaison de phénomènes qui rendent la circulation de l’air dans les poumons plus difficile en particulier lors de l’expiration.

L’emphysème chez le cheval est la conséquence d’une hypersensibilité des poumons à l’inhalation d’allergènes. Il s’apparente à l’asthme humain et présente des composants allergiques et inflammatoires. Les allergènes les plus fréquents dans le développement de la maladie sont les moisissures, la poussière organique et les endotoxines rencontrées dans le foin et la paille.

L’inflammation et l’épaississement des tissus ont pour conséquence une bronchoconstriction, c’est à dire une réduction du diamètre des voies respiratoires, ainsi qu’une augmentation de la production de mucus et des bronchospasmes, correspondant à une constriction des muscles lisses entourant les bronches. Le passage de l’air est donc plus difficile et le cheval doit alors fournir un effort pour permettre sa circulation, ce qui se traduit par une toux et une contraction abdominale excessive. C’est pourquoi ces chevaux présentent une fréquence respiratoire augmentée et un essoufflement au travail.

Existe-t-il des facteurs prédisposants à l'emphysème chez le cheval ?

Il n’existe pas de prédisposition liée au genre ou à la race du cheval, mais il existe en revanche une certaine hérédité de la maladie. En effet les chevaux ayant des parents sains ont environ 10% de risques de développer la maladie, contre 44% si les deux parents sont affectés.

Les chevaux atteints d’emphysème sont généralement des adultes de plus de 7 ans, et les signes cliniques sont souvent saisonniers car ils sont liés à la présence d’allergènes dans l’air. La maladie est ainsi plus fréquente chez les chevaux vivant dans une atmosphère confinée et poussiéreuse comme une écurie mal ventilée, ou encore lorsqu’ils sont alimentés avec du foin de mauvaise qualité ou contenant de la moisissure. Les crises d’emphysème sont donc plus fréquentes en hiver, lorsque les chevaux passent plus de temps à l’écurie. Il existe également une forme d’emphysème liée à une allergie au pollen, celle-ci se manifestera davantage au printemps. Une infection respiratoire mal soignée peut aussi conduire à terme à un emphysème chez le cheval. Dans tous les cas, l’emphysème n’est pas une maladie contagieuse, il ne peut pas se transmettre d’un cheval à l’autre.

Le diagnostic de l’emphysème chez le cheval

Le diagnostic s’établit sur la base des signes présentés par le cheval qui sont généralement très évocateurs, en particulier dans les formes sévères, ainsi que d’un examen physique du cheval. L’auscultation révèle des bruits respiratoires anormaux comme des sifflements ou des crépitements. Le vétérinaire peut être amené à effectuer des examens complémentaires tels qu’une endoscopie permettant de confirmer l’inflammation des voies respiratoires, un lavage broncho-alvéolaire, un test de la fonction pulmonaire ou encore une radiographie ou échographie des poumons. Le lavage broncho-alvéolaire reste l’examen de référence car il permet d’évaluer la présence et le type de cellules inflammatoires présentes dans les sécrétions, et ainsi de diagnostiquer l’emphysème et d’en déterminer la sévérité. Les autres examens, comme les analyses sanguines ou les radiographies, sont surtout utiles pour écarter d’autres causes possibles de difficultés respiratoires telles que les pneumonies ou les épanchements pleuraux.

Traitement de l'emphysème chez le cheval

La gestion de l’environnement, un facteur essentiel

Il n’existe pas de traitement curatif de l’emphysème, mais l’adaptation de l’environnement de vie du cheval donne souvent de très bons résultats et permet de réduire voire faire disparaître les signes cliniques. Pour cela, il faut réduire autant que possible l’exposition du cheval aux allergènes causant la maladie. Ceux-ci se trouvant principalement dans le foin et la paille, le mode de vie idéal pour les chevaux emphysémateux est une vie au pré, avec une alimentation basée sur l’herbe fraiche, pouvant être complétée par un aliment concentré sous forme de granulés. Il faut absolument éviter les roundballers de foin, qui sont souvent utilisés pour les chevaux au pré mais ne conviennent pas aux chevaux souffrant d’emphysème. Si l’administration de foin est nécessaire, des mesures devront être prises pour réduire l’exposition du cheval aux allergènes. Pour cela, une technique très répandue est le trempage du foin avant de le donner au cheval mais cela n’est généralement pas suffisant. Il existe aujourd’hui des appareils comme les purificateurs de foin Haygain qui permettent d’éliminer les allergènes du foin et d’améliorer le confort respiratoire des chevaux souffrant d’emphysème.

S’il n’est pas possible d’offrir une vie au pré au cheval et que celui-ci doit être maintenu au box, il faut alors éliminer la paille et lui préférer une litière de copeaux. L’écurie devra être propre et bien aérée, et l’alimentation du cheval doit être autant que possible dépourvue de poussière. Il faudra aussi éviter de stocker la paille et le foin à proximité du box du cheval malade, arroser le sol avant de balayer voire idéalement balayer en l’absence du cheval et s’assurer que les espaces de travail (carrière, manège) soient également bien arrosés afin de limiter l’exposition à la poussière.

Les traitements médicamenteux

Un traitement médical peut s’avérer nécessaire dans les cas sévères ou pour gérer les périodes de crises. Cependant, celui-ci s’applique toujours en complément des mesures environnementales, il ne peut pas les remplacer car il n’aurait alors aucune efficacité sur le long terme. Il repose sur des médicaments anti-inflammatoires comme les corticostéroïdes et sur des bronchodilatateurs. Ces traitements s’administraient traditionnellement par voie orale ou par injection, mais actuellement les présentations par inhalation à l’aide d’aérosols ou de nébulisateurs leur sont préférées. Ces voies d’administration sont en effet plus sûres et plus efficaces, car elles ciblent l’inflammation et l’allergie directement à l’endroit où se situe le problème, permettant ainsi de traiter efficacement sans les risques liés à l’administration de médicaments par voie générale. Leur prix est en revanche plus élevé car il est nécessaire d’acheter le matériel permettant l’administration. Il existe également une vaste gamme de compléments alimentaires et produits naturels formulés pour faciliter la respiration du cheval emphysémateux.

A long terme, une gestion appropriée de l’environnement du cheval permet souvent de réduire voire éliminer les manifestations de la maladie, même si il est impossible de la soigner de manière définitive. L’emphysème chez le cheval reste une maladie qui nécessite une prise en charge à vie. A l’exception des cas les plus sévères, de nombreux chevaux emphysémateux peuvent, avec une gestion appropriée de leur mode de vie, poursuivre une carrière de cheval de loisir voire de compétition.